CAN : pourquoi le rejet du passage a 28 equipes change deja la bataille pour 2027 et 2028 en Afrique
Le rejet du passage de la CAN de 24 a 28 equipes ne ferme pas seulement un debat de format. Il rebat deja les cartes pour les hotes est-africains de 2027, pour les candidats a 2028 et pour le modele de croissance du football africain.
Le football africain vient d’eviter un basculement discret mais majeur. Le 30 juin 2026, The Guardian a revele que la proposition visant a faire passer la Coupe d’Afrique des nations de 24 a 28 equipes avait ete rejetee au sein de la gouvernance de la CAF. L’idee, attribuee au president de l’instance Patrice Motsepe et evoquee plus tot dans l’annee, aurait pu s’appliquer a l’edition 2028. Elle n’ira pas plus loin pour l’instant. Cette decision peut sembler tres technique. En realite, elle touche deja a trois dossiers lourds pour le continent: la preparation de la CAN 2027 en Afrique de l’Est, la bataille entre les candidats a l’edition 2028 et la definition meme de ce que doit devenir le grand produit football du continent.
Le sujet merite une lecture large. Une competition a 24 equipes n’implique pas les memes infrastructures, le meme calendrier, la meme intensite logistique ni la meme distribution d’opportunites qu’un tournoi a 28. Derriere un simple chiffre, il y a une question de modele. La CAF veut-elle privilegier la selectivite sportive, ou ouvrir plus largement la porte a des federations supplementaires au nom de la croissance politique, commerciale et regionale? Le vote revele une ligne de fracture. Et il arrive a un moment ou l’Afrique du football tente deja de negocier sa place dans un ecosyteme mondial plus charge, plus marchand et plus concurrentiel.
Ce qui a ete decide le 30 juin 2026
Le fait central est clair. Selon The Guardian, le projet de passage de 24 a 28 equipes a ete rejete apres un vote au sein du comite executif de la CAF. Le journal explique que l’idee avait ete avancee en fevrier 2026 lors d’une prise de parole de Patrice Motsepe a Dar es Salaam, en Tanzanie, et qu’elle visait l’edition 2028. Toujours selon le meme article, des membres du comite executif ont juge la proposition mal preparee et insuffisamment concertee. Le signal institutionnel est donc net: l’extension n’est pas adoptee, et la CAN reste pour l’instant sur un format a 24 equipes.
Un second element important ressort du meme ensemble de sources. La communication de la CAF, rapportee par The Guardian, ne ferme pas totalement le debat de long terme sur l’evolution du tournoi. L’instance fait valoir qu’il existe une reflexion plus large sur la maniere de rendre les competitions africaines plus fortes et plus visibles. Autrement dit, le vote du 30 juin 2026 ne signifie pas que toute discussion est enterree pour toujours. Il signifie qu’a cette date precise, les dirigeants n’ont pas voulu modifier tout de suite l’architecture de la CAN.
Pourquoi le maintien a 24 equipes compte autant
Le point essentiel est que le format n’est jamais neutre. Une CAN a 28 equipes aurait augmente le nombre de matches, elargi la base des qualifies, complique certains tableaux et surtout alourdi les exigences pour les pays hotes. Pour la CAF, cela aurait pu ouvrir de nouvelles audiences et satisfaire davantage de federations. Mais cela aurait aussi cree des couts supplementaires, des questions de calendrier et un risque de dilution sportive si l’ecosysteme n’etait pas pret.
En gardant 24 equipes, la CAF envoie un message de prudence. Ce message peut se lire de deux facons. D’un cote, il protege la lisibilite sportive du tournoi et limite l’inflation permanente des formats, un sujet devenu mondial depuis l’extension de la Coupe du monde a 48 nations. De l’autre, il montre aussi que la gouvernance africaine n’est pas encore alignee sur la vitesse de transformation que certains souhaitent imposer. Dans un football mondial ou tout semble s’agrandir, dire non a une expansion est deja une decision politique.
La vraie consequence immediate: l’Afrique de l’Est gagne un peu d’air pour 2027
C’est probablement l’effet le plus concret de la journee. La prochaine CAN doit etre organisee en juin-juillet 2027 par le trio Kenya-Ouganda-Tanzanie. Meme si l’extension concernerait theoriquement 2028 et non 2027, le simple fait de bloquer le passage a 28 equipes reduit la pression immediate sur la trajectoire des infrastructures, de la logistique et de la planification regionale. Quand un grand tournoi continental commence a changer de taille, tout le cycle d’organisation qui suit est affecte.
Pour l’Afrique de l’Est, cela compte beaucoup. Les trois pays hotes portent une promesse forte: montrer qu’une region longtemps sous-representee dans l’accueil des mega-evenements du football africain peut livrer une edition credible, populaire et politiquement symbolique. Garder la CAN a 24 equipes maintient un cadre plus stable au moment ou les stades, les flux de supporters, la securite, les transports et les sites d’entrainement restent sous haute surveillance. En clair, la decision du 30 juin 2026 n’est pas abstraite. Elle soulage, au moins partiellement, le corridor Nairobi-Kampala-Dar es Salaam.
Une bataille 2028 qui devient plus selective
Le maintien a 24 equipes change aussi la lecture de la course a l’edition 2028. D’apres les informations de The Guardian relayant la position de la CAF, des candidatures sont venues de l’Ethiopie, du Maroc et d’un ticket commun Botswana-Afrique du Sud. Si le tournoi etait passe a 28 equipes, les candidats les mieux equipes en stades, hebergement et capacite aeroportuaire auraient probablement renforce leur avantage structurel. En restant a 24, la barre logistique reste haute, mais elle devient un peu moins ecrasante pour des profils differents de candidature.
Cela peut rebattre subtilement le rapport de force. Le Maroc reste naturellement tres solide sur le plan infrastructurel. L’Afrique du Sud possede aussi une experience massive, tandis que le Botswana peut vendre une logique regionale et politique. L’Ethiopie, de son cote, peut tenter d’incarner un retour d’ambition historique si son argumentaire en infrastructures et en transformation suit. Bref, un tournoi qui n’enfle pas trop vite laisse plus d’espace au debat sur la vision, l’heritage et l’equilibre continental, pas seulement sur la puissance de feu immediate.
Le rejet raconte aussi un rapport de force interne a la CAF
Il serait trop court de reduire l’affaire a un simple choix de format. Ce vote raconte aussi la facon dont le pouvoir circule au sommet du football africain. Quand une proposition associee au president n’obtient pas l’adhesion attendue, cela montre que le consensus n’est pas automatique et que les grands arbitrages restent negocies. Pour certains observateurs, c’est un signe sain: la CAF ne valide pas une expansion structurante sans debat solide. Pour d’autres, c’est au contraire l’indice d’une gouvernance encore fragmentee, parfois reactive, ou les projets peinent a se transformer en doctrine claire.
Dans les deux cas, le message est utile pour le continent. Le football africain entre dans une periode ou les formats, les calendriers, les revenus et les droits vont compter autant que les performances sur le terrain. Savoir si la CAF decide vite, mal, lentement ou collectivement n’est pas un detail bureaucratique. C’est une question de competitivite globale. Une competition forte a besoin d’une vision lisible, pas seulement d’une emotion populaire.
Pourquoi ce debat depasse le football
La CAN n’est pas qu’un tournoi. C’est un concentrateur de diplomatie, d’image, de tourisme, d’investissements et de soft power. Quand le nombre d’equipes change, l’impact se diffuse dans l’urbanisme, l’hotellerie, les diffuseurs, les sponsors, les compagnies aeriennes et les federations nationales. Il est donc logique que le sujet devienne sensible. L’Afrique cherche a produire des evenements capables de rivaliser dans l’economie mondiale de l’attention. Mais elle doit aussi eviter l’erreur classique des grandes institutions: vouloir grandir avant d’avoir fixe une base commune solide.
Le rejet du 30 juin 2026 peut ainsi etre lu comme une forme de discipline strategique. Plutot que d’imiter machinalement la logique d’expansion permanente visible ailleurs, une partie de la gouvernance africaine semble dire: consolidons d’abord. Ce n’est pas une ligne necessairement definitive. Mais c’est un choix qui peut proteger la valeur du produit CAN a court terme.
Ce qu’il faudra surveiller maintenant
1. Le niveau de preparation reel de l’Afrique de l’Est
Le maintien a 24 equipes soulage le cadre, mais il ne garantit rien. Les chantiers, la coordination regionale et la livraison des infrastructures resteront le vrai test avant 2027.
2. Le dossier des candidats a 2028
Avec un tournoi qui ne s’elargit pas, chaque dossier de candidature sera juge encore plus sur sa coherence politique, son execution et son heritage continental.
3. Le retour du debat format-revenus
Si la CAN 2027 produit de grosses audiences et une forte intensite sportive, certains pousseront encore pour elargir la base en 2028 ou plus tard. Le sujet n’est donc pas clos, seulement reporte.
Le vrai message envoye par ce vote
Le message de ce 30 juin 2026 est simple: la CAF a choisi de ne pas forcer tout de suite une CAN plus large. C’est une victoire de prudence, mais aussi un avertissement pour toute l’architecture du football africain. Le continent veut grandir, mieux vendre ses competitions et mieux distribuer son influence. Mais il doit encore arbitrer entre ambition et execution. Pour les hotes est-africains de 2027, pour les candidats a 2028 et pour les federations qui esperaient une porte supplementaire vers la phase finale, la bataille ne fait que changer de forme.
Editorialement, c’est un sujet fort parce qu’il parle a toute l’Afrique. Il concerne la gouvernance, l’argent, les stades, le prestige, les qualifications et la place du continent dans le football mondial. En gardant la CAN a 24 equipes, la CAF n’a pas seulement refuse un chiffre de plus. Elle a choisi, au moins pour maintenant, un rythme de croissance plus serre. Et ce choix peut peser bien au-dela du prochain tirage au sort.
Sources
The Guardian – Plan to expand Africa Cup of Nations from 24 to 28 teams is rejected (30 juin 2026)
The Guardian live – mise a jour football du 30 juin 2026 confirmant le maintien de la CAN a 24 equipes
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