"> Zambie : la victoire judiciaire de la famille Lungu en Afrique du Sud rebat deja les cartes avant la presidentielle
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Zambie : la victoire judiciaire de la famille Lungu en Afrique du Sud rebat deja les cartes avant la presidentielle

L'arret rendu en Afrique du Sud sur la depouille d'Edgar Lungu depasse la question funeraire: il fragilise le pouvoir zambien, ravive les fractures politiques et pourrait compter dans la campagne presidentielle.

Zambie : la victoire judiciaire de la famille Lungu en Afrique du Sud rebat deja les cartes avant la presidentielle
Afrique australe — B-Empire Magazine

Ce qui s’est joue le 23 juin 2026 en Afrique du Sud depasse de loin un simple conflit autour de funerailles. La Cour supreme d’appel sud-africaine a donne raison a la famille de l’ancien president zambien Edgar Lungu et a rejete la pretention de l’Etat zambien a recuperer sa depouille pour l’organiser selon le protocole national. Dit autrement, Lusaka vient d’essuyer un revers juridique majeur dans une affaire devenue hautement symbolique. A moins de la presidentielle du 13 aout 2026, cette decision peut rouvrir toutes les questions que le pouvoir esperait refermer: l’autorite de l’Etat, la relation entre le president Hakainde Hichilema et son ancien rival, l’instrumentalisation des institutions et la profondeur de la fracture politique en Zambie.

Le dossier Lungu etait deja bien plus qu’un dossier familial. Depuis la mort de l’ancien chef de l’Etat en Afrique du Sud le 5 juin 2025, le face-a-face entre le gouvernement et ses proches s’est transforme en test de legitimite nationale. Pour le camp presidentiel, un ancien president devait etre enterre en Zambie avec les honneurs d’Etat. Pour la famille, il s’agissait avant tout de respecter les volontes du defunt et d’empecher que ses obseques soient recuperees par un pouvoir accuse d’avoir entretenu avec lui une rivalite devenue toxique. L’arret du 23 juin tranche en faveur de cette seconde lecture, et c’est ce qui rend la secousse politique si forte.

Une decision qui inverse le rapport de force

Selon Associated Press, la Cour supreme d’appel sud-africaine a renverse la decision precedente qui ordonnait a la famille Lungu de remettre les restes de l’ancien president au gouvernement zambien pour rapatriement. Le point central de la decision est clair: les droits de la famille priment sur la revendication de l’Etat dans ce cas precis. Le contentieux, deja long de plus d’un an, se retrouve donc reconfigure. Le pouvoir zambien, qui avait obtenu un jugement favorable en premiere instance, voit sa position fragilisee par une juridiction superieure.

Ce renversement compte autant sur le plan symbolique que juridique. Pendant des mois, le gouvernement avait defendu l’idee qu’il agissait au nom de la dignite nationale et des usages republicains. Or la cour sud-africaine vient rappeler qu’un Etat ne peut pas tout absorber au nom du protocole, surtout quand le litige implique des volontes familiales, des droits personnels et un contexte politique ouvertement conflictuel. Pour de nombreux Zambiens, la question devient alors plus large: si l’Etat a perdu ici, a-t-il mal apprecie ses marges legales ou a-t-il voulu politiser une affaire qu’il ne controlait plus ?

Pourquoi l’affaire Lungu empoisonne encore la vie politique zambienne

Edgar Lungu n’etait pas un ancien dirigeant efface. Battu par Hakainde Hichilema en 2021, il restait une figure centrale de l’opposition et de la memoire recente du pouvoir. Leur relation etait deja marquee par des annees d’affrontement, de defiances et d’accusations mutuelles. AP rappelait encore fin mai, lors de l’audience d’appel en Afrique du Sud, que la depouille de Lungu etait devenue le prolongement posthume d’une rivalite politique jamais reellement apaisee.

C’est ce qui rend la decision du 23 juin si sensible a Lusaka. En theorie, il s’agit d’un litige funeraire. En pratique, c’est devenu une affaire sur la nature du pouvoir, sur la facon dont l’Etat traite ses adversaires et sur la capacite du regime a convaincre au-dela de son noyau militant. Chaque nouvel episode alimente le recit d’une democratie sous tension, dans laquelle les gestes institutionnels sont lus a travers le filtre de la rivalite Hichilema-Lungu.

Un coup politique a quelques semaines du scrutin du 13 aout 2026

Le calendrier donne encore plus de poids a cette decision. La Zambie doit tenir sa presidentielle le 13 aout 2026. Dans ce contexte, toute affaire capable de rallumer l’emotion autour de l’ancien president peut peser sur la campagne. Le jugement sud-africain offre a l’opposition un angle redoutable: celui d’un pouvoir qui voulait s’approprier une depouille, a surjoue le registre de l’autorite et se fait finalement recadrer par une cour etrangere.

Ce n’est pas un detail. En Afrique australe comme ailleurs, les recits electoraux se nourrissent souvent de symboles plus que de technicites juridiques. Une decision de justice n’est pas seulement lue comme un texte. Elle devient un signal sur qui domine, qui abuse, qui respecte les limites et qui se pose en victime. Le camp Lungu, meme apres sa disparition, peut donc continuer a structurer une partie du debat politique national. La depouille de l’ancien president etait deja devenue un symbole. Depuis ce mardi 23 juin 2026, elle devient aussi le point d’appui d’une narration electorale.

Ce que dit la cour sud-africaine sur l’Etat de droit dans la region

L’interet continental du dossier tient aussi a cela: deux Etats africains se retrouvent indirectement exposes par une meme affaire. La Zambie montre ses fractures internes. L’Afrique du Sud, elle, rappelle que ses juridictions peuvent arbitrer un dossier politiquement explosif impliquant un ancien chef d’Etat et un gouvernement voisin. Dans une region ou les affaires institutionnelles sont souvent traitees dans la confusion ou sous pression, cette sequence est observee bien au-dela de Lusaka.

Le message envoye au reste du continent est fort. D’abord, les litiges autour du pouvoir ne s’eteignent pas automatiquement avec la disparition d’un dirigeant. Ensuite, la bataille du droit devient une extension directe de la bataille politique. Enfin, le respect des formes legales peut produire des consequences reputionnelles enormes pour un gouvernement, surtout quand il echoue devant une cour superieure. Pour les democraties africaines, ce type d’affaire rappelle qu’un Etat qui invoque la raison d’Etat sans convaincre juridiquement prend le risque de nourrir la contestation qu’il voulait contenir.

Une affaire de memoire, mais aussi de coalition electorale

La crise autour des restes de Lungu parle aussi d’alliances et d’identites politiques. Ses soutiens, ses anciens cadres et une partie de l’opposition peuvent y voir la preuve que le pouvoir actuel n’a jamais reussi a sortir de la logique du duel personnel. A l’inverse, les partisans du gouvernement soutiendront que l’Etat defendait une norme republicaine. Mais en campagne, la subtilite se perd vite. Ce qui reste, ce sont les impressions fortes: un pouvoir qui a perdu, une famille qui a tenu bon, et un ancien president dont la figure continue de polariser le pays meme apres sa mort.

Cette dimension emotionnelle peut compter dans les provinces, dans les reseaux militants et jusque dans l’abstention. Une election ne se gagne pas seulement sur les chiffres macroeconomiques ou les slogans. Elle se gagne aussi sur la confiance, le ton, le sentiment de justice et la facon dont un camp apparait humain ou brutal. L’affaire Lungu vient donc brouiller la communication du pouvoir a un moment ou celui-ci aurait prefere parler bilan, investissements et stabilite.

Trois consequences immediates a surveiller

Premiere consequence : la reaction officielle de Lusaka. Le gouvernement peut chercher une nouvelle voie d’appel, temporiser ou tenter un compromis politique. Deuxieme consequence : la facon dont l’opposition exploite le jugement dans la campagne d’aout, notamment sur le terrain de l’Etat de droit. Troisieme consequence : l’impact regional en Afrique australe, ou cette decision sera lue comme un precedent sur les limites du protocole d’Etat face aux droits familiaux.

Pourquoi toute l’Afrique devrait suivre ce dossier

Cette actualite concerne toute l’Afrique parce qu’elle touche a des questions devenues communes a de nombreux pays: que reste-t-il des institutions quand la rivalite politique se personnalise ? Jusqu’ou un gouvernement peut-il aller au nom de l’unite nationale ? Et comment une justice, meme hors du pays concerne, peut-elle reconfigurer un rapport de force interieur ? La Zambie offre ici un cas d’ecole. Une affaire qui semblait relever du deuil est devenue une crise de symboles, de legitimite et de campagne.

Le jugement du 23 juin 2026 ne clot donc rien vraiment. Il deplace plutot la bataille. La question n’est plus seulement de savoir ou Edgar Lungu sera enterre. Elle est de savoir qui controlera le recit politique qui sort de cette decision. Pour Hakainde Hichilema, le risque est clair: apparaitre comme le dirigeant qui a voulu gagner juridiquement ce qu’il n’avait pas besoin de transformer en bras de fer. Pour l’opposition, l’opportunite est tout aussi nette: faire de cette defaite judiciaire la preuve qu’une partie du pouvoir confond encore Etat, protocole et combat partisan. A sept semaines de la presidentielle, la Zambie vient peut-etre de voir ressurgir l’un de ses dossiers les plus inflammables.

Sources